Article du carnet de bord

L'été, cap sur Avignon !

En été, l’art met le cap au sud ! 

Cette année la canicule était partout, pas plus à Arles et Avignon qu’ailleurs ! Une quinzaine d’adhérents a ainsi participé à l’un des plus grands festivals de théâtre au monde, à la seule manifestation photographique d’envergure internationale, à des évènements artistiques dont le sud regorge… Heureusement, la plupart des salles de spectacle et d’exposition sont climatisées, et en extérieur les arbres ou la nuit apportent un peu de fraicheur.

Comme pour chaque édition, le nombre de spectacles est si important (près de 1600 spectacles dans Avignon-off !) que nos festivaliers ont toujours de quoi se réjouir  –et quelquefois être déçus… Ainsi avec  Ordinary people, de la tchèque Jana Svobodovà et la chinoise Wen Hui, qui n’est pas parvenu à faire passer une quelconque émotion à travers la vie de ces gens ordinaires qui auraient du paraître exceptionnels. Malgré la qualité de la réalisation scénique, Macha Makeieff ne nous a pas non plus entrainé à la suite d’Alice pour découvrir le versus de LewisArchitecture, le spectacle écrit et réalisé par Pascal Rambert, présenté dans la Cour d’honneur, a divisé nos festivaliers : les premiers ont été enthousiastes, les seconds la semaine suivante ont eu quelques difficultés de compréhension du texte (peut-être en raison d’un léger mistral ou de la fatigue des acteurs ?), ou l’ont trouvé trop long et surjoué. Les festivaliers de la dernière semaine ont eu droit pour leur spectacle dans la Cour d’honneur à Outwitting the Devil, d’Akhram Khan, une « fresque socio-environnementale » servie par six danseurs exceptionnels, extrêmement soudés les uns aux autres bien que d’âge, de morphologie et d’origine divers ; une façon pour le chorégraphe d’en ajouter aux multiples références culturelles, voire plastiques et visuelles.  Autres chorégraphes abordés dans le festival, Wayne Mac Gregor, britannique lui aussi, avec Autobiography, et Salia Sanou qui dans Multiple-s nous a donné l’occasion de voir danser Germaine Acogny, la grande dame de la danse contemporaine africaine. 

 

Certains spectacles nous ont décontenancés, comme Outside, du metteur en scène et cinéaste Kirill Serebrennikov (qui fait actuellement en Russie l’objet d’un procès kafkaïen) ; il faut dire que le metteur en scène s’est intéressé dans ce spectacle au photographe chinois Ren Hang, dont l’œuvre audacieuse est peu connue de nous  (une seule rétrospective à la MEP en mai dernier) ; sans doute Serebrennikov  a-t-il retrouvé dans cette œuvre crue et provocante, plus encore que l’œuvre de Mapplethorpe auquel le destin de Ren Hang fait penser, des problèmes de censure qu’il connait bien pour lui-même.  Autre proposition qui a suscité des avis contrastés, La Maison de thé, de Lao She mis en scène par Meng Jinghui : une grande fresque sur la condition humaine et le libre arbitre à qui la critique a reproché de ne pas parler des problèmes  politiques et sociétaux chinois, tandis que les amateurs ailés ont justement apprécié cette réflexion plus large sur nos sociétés actuelles. Avec les artistes du groupe 44 de ​​l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg, Jean-Pierre Vincent, familier du Festival d’Avignon, a monté L’Orestie dans la version de Peter Stein : les trois pièces d’Eschyle (Agamemnon, Les Choéphores, Les Euménides), source et origine du théâtre, sont représentées à la suite avec une économie de moyens qui laisse toute sa place au travail des acteurs ; il faut dire qu’ils ont travaillé ces textes pendant trois ans. Petite récréation toute en finesse et en légèreté avec L’amour vainqueur d’Olivier Py d’après un conte des Grimm, un spectacle musical qui s’adresse à tous les publics et a réjoui nos amateurs. Plus sérieux mais tout aussi réjouissant, Granma, Les trombones de La Havane, une production du collectif Rimini Protokoll,  du théâtre « documentaire » où quatre jeunes Cubains s’adressent à nous en parlant d’eux :  ceux qui sont allés à La Havane par exemple avec Les Ailes du désir en avril dernier y ont retrouvé l’énergie du peuple cubain ! Et ceux qui n’ont pu voir une représentation avignonnaise se rendront sans doute à Paris du 4 au 8 décembre (Festival d’Automne).

Pas de quoi s’ennuyer à Avignon, qui propose aussi maintes lectures, performances, tables rondes ou conférences, à commencer par le feuilleton théatral L’Odyssée réalisé par Blandine Savetier et des amateurs avignonnais et présenté (presque) tous les jours à midi ; France-Culture et RFI proposent comme tous les ans des cycles de lectures très suivies par le public ; mais les lectures qui ont le plus ému les spectateurs avignonnais  cette année ont été celles des textes de Patrice Chéreau lus par Dominique Blanc à la Fondation Lambert avec la collaboration de Thierry Thieu Niang. Sans compter quelques-uns parmi les 1600 (environ) spectacles d’Avignon-Off, comme La Machine de Turing, le Hamlet de la Cie des Dramaticules, le Lampedusa Beach au Théâtre des Carmes, ou le Discours de la servitude volontaire…

Et puis, si l’histoire du Festival commence en 1947 par une exposition au Palais des Papes, les arts plastiques et visuels ne sont jamais absents ! Cette année une grande rétrospective est consacrée dans le Palais à un enfant du pays, Ernest PIGNON-ERNEST : l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis les premières interventions des années 60 aux dernières en Haïti, l’évolution du travail et la constante d’une éthique. La Fondation Lambert présentait une exposition de Myriam HADDAD, l’artiste qui a réalisé l’affiche du Festival cette année, ainsi que BASQUIAT Remix, un dialogue entre des œuvres de Basquiat, Picasso, Matisse et Twombly, et une exposition d’œuvres récentes du photographe brésilien Vik MUNOZ vu déjà l’an dernier dans le cadre des Rencontres d’Arles. Nous avons aussi visité à Arles quelques-unes des expositions les plus significatives : l’inquiétante étrangeté des créatures de Valérie BELIN, l’état du monde selon Philippe CHANCEL qui éblouit et fait trembler avec ​ Datazone, le témoignage sur les lieux de guerre d’Emeric LHUISSET, ou l’étonnante installation architecturale de Marjan TEEUWEN dans un bâtiment qui sera ensuite détruit : dans ces installations, le pouvoir de construire et celui de détruire vont de pair, et cette dualité reflète l’essence même de la condition humaine.

Petite excursion à L’Isle/Sorgue pour prendre l’air au bord de la rivière voire se baigner, et visiter la Villa Datris qui nous offre chaque été de belles expositions ; cette année, Bêtes de scène interroge à travers 120 sculptures les relations qu’entretiennent les humains avec les animaux. Surprise, nous y retrouvons deux pièces d’Harald FERNAGU de la série Mes Colonies, qui complètent avec bonheur l’exposition de la galerie Louise-Michel et l’accrochage dans la Vitrine des Ailes à Poitiers cet été ! Alors retour à Poitiers pour se reposer après un séjour qui malgré des conditions matérielles plus difficiles, s’avère de plus en plus riche et dense, de quoi souffrir d’un syndrome de Stendhal…

 

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